Dis, c'était quoi une zone humide ?

Publié le par Pierrot

Dans un futur très proche, c'est une question que les marmots vont très certainement poser à leurs parents. Les zones humides en france sont depuis longtemps très malmenées, aujourd'hui, les assauts donnés par l'homme envers ce milieu aquatique si particulier sont de plus en plus violents ...

La zone humide, pourtant, est souvent à la base d'un bon regime hydrologique des cours d'eau. Comment ? En jouant le rôle d'éponge (en retenant l'eau lors des fortes précipitations, en la restituant, lors des épisodes secs), et ainsi modère les fortes fluctutions de dédits dans les rivières (limitant les crues et les étiages, néfastes à la faune aquatique).


Prenons par exemple une rivière classique du Limousin, selon la température de l'eau, les alevins de truites emmergent et quittent le nid en ce moment (vers fin mars quoi !). On immagine très bien la vulnérabilité de tels individus (d'une taille approchant le centimetre) tant il est mpossible pour eux de combattre de gros courants... Si une crue de grande ampleur survient lors de cette emmergence, celle ci peut provoquer une mortalité chez cette nouvelle génération... c'est un peu comme si un oisillons avait du prendre son premier envol lors de la tempête de 99...chaud !!


Et bien c'est ce qu'il est entrain de se passer chez nous en ce moment, en Creuse, la rivière est en crue importante, charrie boues et arbres. Mais pourquoi la nature est-elle si mal faite ... Revenons au drainage, celui ci serait t'il responsable de cette crue ?


Un petit film tout d'abord :




Sur cette vidéo, on distingue nettement les fossés anti-chars que les pelles mécaniques on creusés en moins d'une heure... A cette endroit, il n'y avait pas de "cours d'eau", le débit que vous voyez dans le fossé est le résultat du drainage (fort efficace pour le coup) des prairies humides alentours. Reste plus qu'a raccorder le tout au fossé de la route, etvoila notre eau filer comme une bombe vers la rivière... Les buses du fossé n'étant pas prévues à cet effet on même du mal à évacuer le débit, de l'eau s'étale même sur la route ... un désastre !

Il va de soit que toute cette eau est d'ores et déjà "perdue" pour cet été...

Un article Wikipédia explique bien les dangers du drainage :

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Le drainage, bien au-delà de la baisse du plafond de la nappe superficielle, génère des impacts importants, directs et indirects, immédiats et différés, localement et à grande échelle sur le cycle de l’eau, sur l’écologie du paysage et sur les cours d'eau. Il conduit parfois à une altération écologique et physique du paysage et des milieux naturels ou de certains agrosystèmes lorsqu’il a été pratiqué en vue d'accroître les zones labourables ou l'intensité de l'agriculture, notamment dans le cas du drainage de vastes zones humides.

Sur des millions d’hectares, des siècles ou millénaires de drainage ont entraîné la disparition quasi-totale ou totale de vastes zones humides (dont saumâtres ou salées). Les vallées alluviales et leurs boisements, ainsi que les tourbières sont les milieux qui ont été les plus drainés. Sa modernisation intégrant par exemple de puissantes pompes de relevage a souvent fait disparaître en quelques décennies des réseaux importants de ruisseaux, fossés, noues, zones d’expansion de crues et rivières non régulés, avec conséquemment une réduction de l'eau localement disponible pour la faune et la flore naturelle, et parfois pour l'approvisionnement locale en eau potable, pour les loisirs, la pêche, en obérant gravement les potentiels de restauration de la biodiversité et des sols qu’il contribue à dégrader (voir ci-dessous).

Le drainage moderne, souterrain est quasi-invisible au regard. Il exacerbe discrètement mais fortement l'assèchement estival des sols (sécheresses, érosion) et prive les nappes d’une partie de leur alimentation, d’autant qu’il encourage souvent in fine l’irrigation qui elle-même prélève dans les nappes au moment où elles sont généralement à leurs plus bas niveaux. Toutefois il permet de libérer régulièrement, y compris en période estivale, des quantités d'eaux non négligeables qui permettent d'entretenir un niveau constant dans les rivières.

Diverses études basées sur de nombreuses mesures (quantité et qualité) des eaux issues de drains agricoles (ex : PIREN-SEINE 1996. Études picardes, études canadiennes) montrent que :

- les drains sont efficaces dans les situations de "drainage intense" et contribuent à l’exacerbation des écoulements des rivières avec un transfert quasi immédiat de la pluie aux cours d’eau, ce qui explique dans certains bassins versant l’augmentation de la brutalité des inondations.
- Que l’évacuation des particules et matières dissoutes est systématique, bien que plus ou moins importante selon la nature du sol et des cultures (engrais et pesticides rendent les sols plus sensibles au lessivage des matières organiques et particules fines), mais irrégulière (variations intra et inter-annuelles) ; le drainage agricole contribue néanmoins clairement à l’appauvrissement des sols (horizon Ap) conclut l’étude française PIREN-SEINE 1996.
- Combinée aux effets des pratiques agricoles telles que le désherbage chimique, le labour et l’utilisation d’engins lourds tassant les sols, le drainage a contribué dans de nombreuses régions d'Europe à l'accroissement considérable des charges sédimentaires des cours d'eau. Cet accroissement de la turbidité et de la sédimentationestuariens : a de nombreux effets négatifs sur les écosystèmes d'eau douce et
  1. en réduisant l'habitat disponible pour la flore et la faune nécessitant une faible turbidité,
  2. en accélérant le comblement des zones humides,
  3. en augmentant les risques sanitaires pour les espèces.

Ce problème est important pour des petites zones humides telles les mares et les petits lacs situés dans des paysages ruraux, qui subissent déjà la pression des activités de drainage (baisse des nappes superficielles).

  • les MES exportées (matières en suspension colloïdales ou microparticulaires) sont des particules très fines mais très réactives agronomiquement et chimiquement (adsorption des polluants et en particulier des métaux lourds et pesticides qui peuvent agir en synergies et que l’on va retrouver dans les boues de curage, avec possibilité de réactions accentuant le caractère toxique des polluants, par ex méthylation du mercure le rendant très bioassimilable).

Le réseau de drainage évacue directement dans les fossés et/ou à la rivière des quantités importantes de nitrates et phosphates. Il y a une diminution (éventuellement trompeuse ?) de la concentration pendant le pic de crue (= simple dilution), qui se répercute dans la rivière (Une étude a détecté en Picardie, jusqu’à 40 fois plus de pesticides dans les rejets de drainage que dans les eaux de ruissellement d’une partie comparable du bassin, mais non drainée, sachant qu’à cette époque le glyphosate (désherbant le plus utilisé) était très mal mesuré pour des raisons techniques, et sachant que certains pesticides sont très solubles dans l’eau, mais que d’autres sont fortement adsorbés sur les particules du sol). Les engrais vont encourager la prolifération d’algues (booms planctoniques, problèmes des algues vertes et algues toxiques dans les mares, fossés, réservoirs et littoraux)., parfois jusqu’à la dystrophisation, loin en aval, voire en mer (zones mortes).

L’impact écologique est majeur sur les zones humides et sur les tourbières lorsqu’elles ont été elles-mêmes drainées, même si les canaux de drainage peuvent provisoirement au moins favoriser quelques espèces patrimoniales. L’impact est d'abord discret lorsque le drainage agricole cerne totalement des bois ou massifs forestiers isolés et légèrement en surplomb, ou lorsqu’il concerne les zones aval d’alimentation des forêts (ex. : forêts de Nieppe et de Marchiennes dans le Nord de la France, où la nappe a fortement baissé, avec mise en péril des chênes et d’une grande partie de la faune et de la flore qui faisait la richesse de ces forêts parmi les plus productives de France en termes de biomasse et en termes de qualité de bois. 1/3 de la forêt de Nieppe était autrefois inondée au moins 3 mois par an. En 1994, il ne restait qu’une seule mare en eau, mais les communes de l’aval du bassin versant étaient de plus en plus souvent inondées. L’impact du drainage se fait alors d'abord sentir lorsqu’une autre perturbation (en particulier incendie et/ou sécheresse) se conjugue au drainage. Il est alors souvent trop tard pour pouvoir rapidement retourner à la situation antérieure.
Dans son analyse de la loi canadienne visant la protection des habitats fauniques, la Société de la faune et des parcs du Québec considère que le drainage agricole est (avec les grandes coupes forestières) une des premières grandes causes directes ou indirectes de la régression des habitats faunistiques, en particulier des zones humides. En France et en Europe où le drainage agricole a été entamé il y a 8 000 ans environ, mais s’est fortement développé ces dernières années et décennies, de nombreuses analyses vont dans le même sens. La très forte régression des zones humides aux XIXe et XXe siècles est essentiellement liée aux aménagements agricoles, mais aussi hydrauliques destinés à lutter contre les inondations. Certaines collectivités refusent maintenant de subventionner le drainage : la Région Nord Pas de Calais en France depuis les années 1990, ou la Région wallonne en Belgique [1] pour les forêts de résineux par exemple...).

L’agronome Dominique Soltner propose comme alternative que dès les haut du bassin versant les drainages agricoles conservent l’eau sortant des drains, dans des mares et zones humides reconstituées, après que cette eau se soit un peu épurée en ruisselant au travers d’une bande enherbée. "

 

 

Si vous passez en Creuse un de ces 4, jettez un oeil dans les champs, les drainages sont quasi-permanants.

 

Aujourd'hui la Creuse est en crue, les alevins de truites doivent batailler pour rester en vie... Les futures pêches en Creuse s'assombrissent....








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